Croyance

Interpellée par les aléas de l’âme humaine, cette série d’œuvres éveille une réflexion sur l’importance que tiennent les croyances dans nos intimités. Les œuvres réalisées regroupent des objets courants d’une autre époque, vestiges du patrimoine religieux et de la culture populaire, trouvés dans des brocantes et ventes aux enchères, témoins de la perte de foi qui frappe aujourd’hui le Québec. Ces derniers témoignent de l’empreinte du catholicisme sur mes croyances et sur celles d’une grande part d’entre nous. Ainsi, je commente nos contradictions sur le sujet qui vacillent entre rejet et attachement vis-à-vis l’univers religieux.

Ces mises en scènes expriment des stigmates laissés par la religion catholique, idéologie d’une époque et d’un système de valeurs révolus et suscitent des réflexions sur cet héritage. L’ensemble de ces œuvres fait aussi écho à l’actualité et aux discussions entourant les libertés brimées par la religion. Bien que j’emploie des éléments du catholicisme, l’approche questionne les principes universels de la croyance et les notions de public et de privé qui l’accompagnent.

La fibre textile occupe une place significative dans ce corpus, qu’elle soit support, matière ou sujet. Broderie, couture et courtepointe relèvent d’un rapport de proximité avec la matière, d’un processus minutieux nécessitant patience et maîtrise technique rappelant l’évolution de nos filiations religieuses. Liés à l’univers féminin, ces travaux d’aiguille deviennent des moments intimes de réflexion et invoquent les notions de persévérance et d’espérance. Mes créations font également part de mon respect vis-à-vis du travail minutieux des générations de femmes ayant confectionné nombre d’objets textiles du patrimoine religieux. Ainsi, la métamorphose des objets et vêtements ecclésiastiques utilisés pour ce corpus évoquent le passage entre un acte rituel sacré et le geste du quotidien.

Par sa juxtaposition d’objets symboliques et de matières brutes, certaines œuvres invoquent aussi des notions de complémentarités et d’hybridité. L’assemblage des matériaux laisse voir une dichotomie entre l’aspect ostentatoire de la religion et l’humble réalité des fidèles. Portrait d’une novice, par exemple, souligne l’invisibilité et l’abnégation de l’individu provoquée par la vocation religieuse, tout en rappelant que le corps et sa sexualité persistent au-delà de ce statut.

De plus, à la portée symbolique des œuvres s’ajoutent des références historiques. Associées à la cosmogonie amérindienne, les plumes dans Carquois de pales, Paramentique métissée et Se lier dénotent le rapport ambigu entre la religion catholique et les autochtones. Présenté comme unique planche de salut lors des premiers contacts, le catholicisme s’est parfois avéré cruel avec ces derniers. L’histoire coloniale et ses conversions forcées apparaissent donc au travers des œuvres.

L’ensemble des pièces oscillent donc entre la rigueur dogmatique et le sentiment de réconfort qui émanent tous deux de la religion et donne lieu à une expérimentation formelle et un questionnement philosophique. Ma production découle de cette relecture d’un passé récent et met à jour mes réflexions sur la place qu’occupent dans nos vies contemporaines ces traditions tant religieuses qu’artisanales.


Texte Intégral - Croyance par Véronique Gagnon
Texte Intégral – Croyance par Véronique Gagnon